Assurer un hébergement décent aux demandeurs d’asile, qui en sont privés, a toujours été l’une des préoccupations du SECOURS CATHOLIQUE et un casse-tête pour ses accueillants. Ses Cités assuraient provisoirement, à l’origine, cette prise en charge.
Ce souci s’est d’ailleurs fortement concrétisé lors de la création du CEDRE, en rendant la part de leur hébergement prépondérante dans le projet d’établissement.
La possibilité est ainsi offerte pour pouvoir héberger dans des hôtels un plus grand nombre de demandeurs d’asile qui sont en attente d’être admis en CADA.
Toutefois, en raison d’un nombre de places limité, cette possibilité d’hébergement temporaire ne peut excéder un mois, éventuellement renouvelable un mois, soit un total de deux mois, ce qui est malheureusement loin d’être suffisant pour répondre à toutes les détresses rencontrées chaque jour.
Si l’on avait pu, ces dernières années, constater une baisse du nombre des demandeurs d’asile en France, ce n’est plus le cas aujourd’hui, loin s’en faut ! Le nombre des demandes d’asile est à nouveau à la hausse. Toutefois, les dépenses de l’Etat en matière de capacité d’hébergement en CADA sont restées au niveau d’il y a deux ans, au moment où a été enregistrée le plus fort de cette baisse, d’où une situation préoccupante : le nombre des demandes d’admission en CADA dépasse largement celui des capacités d’accueil et il est fréquent que des demandeurs d’asile, de plus en plus nombreux, arrivent en fin de procédure, après une moyenne de deux ans de démarches, sans s’être vu proposer la moindre place. Les accueillants du CEDRE sont quotidiennement confrontés à la détresse d’hommes et de femmes, qui sont en procédure d’asile, admis régulièrement au séjour, mais sans toit !
Ce paradoxe trouverait en partie son explication, mais nullement sa justification, dans cet évident décalage entre, d’une part, des pratiques et une réalité criante, et d’autre part, des engagements pris au titre de conventions internationales ainsi qu’à l’égard de l’Union Européenne et plus particulièrement de la directive du 27 janvier 2003, concernant les normes minimales pour l’accueil des demandeurs d’asile dans les Etats membres, et que la France a transposé, en 2007, dans sa législation, garantissant pour ainsi dire survie et hébergement aux demandeurs durant toute la durée de leur procédure d’asile.
Si un tel déni des droits sociaux, opposé aux demandeurs d’asile en procédure normale, est constaté sur le terrain, qu’en est-il de ce ceux qui sont autorisés à solliciter l’asile en France, mais qui sont néanmoins contraints de le faire hors procédure « normale » ?
Il s’agit, en fait, d’une catégorie de demandeurs d’asile à propos desquels l’administration décide que leur demande est à examiner selon une procédure dite « prioritaire », en raison, entre autres, de leur appartenance à un pays d’origine déclaré comme « sûr » », en attendant un transfert, qui peut durer des mois, vers l‘un des pays de l’UE, supposé être responsable de l’examen de leur demande d’asile.
Concrètement, pour un demandeur d’asile en France, se retrouver en « procédure prioritaire » et être ainsi relégué hors du dispositif d’accueil, c’est être :
– sans titre de séjour
– sans hébergement
– sans l’allocation de survie que constitue l’« ATA »
– sans couverture médicale autre que celle, minimum, assurée par l’AME
– et bien sûr sans droit au travail… Mais cela est le lot de tous les demandeurs d’asile, toutes catégories confondues
Le seul droit concédé à cette catégorie de demandeurs est d’attendre que l’administration se prononce quant à leur situation, sans savoir combien de temps elle mettra à ce faire.
Ils ne sont en quelque sorte pas censés exister en tant que personnes, alors qu’en tant qu’êtres humains, ils ont, comme tout un chacun, des besoins vitaux à satisfaire. Ils n’aspirent qu’à vivre normalement. Or, à peine leur concède-t-on le droit de survivre !
Il s’impose dès lors, à tout le moins, une plus grande cohérence entre les textes juridiques en la matière et leur mise en pratique par l’administration ainsi que, sans doute, une meilleure gestion du dispositif.
Il est tout aussi nécessaire qu’une plus grande possibilité de prise en charge par les différentes structures d’hébergement, et plus particulièrement par l’Association des Cités du Secours Catholique, soit accordée, comme par le passé.
C’est grâce au concours de l’ensemble des partenaires, publics et privés,
que les demandeurs d’asiles, qu’ils soient en procédure normale ou non, pourront être efficacement aidés dans leur recherche d’hébergement et que leurs accueillants se verront ainsi encouragés et moins frustrés dans les efforts soutenus qu’ils déploient afin que soit respecté cet inaliénable droit humain qu’est le droit de vivre dans la dignité.